Le Belge François Englert reçoit le prix Nobel de physique

Le Comité Nobel a récompensé leurs travaux relatifs au boson de Brout-Englert-Higgs, aussi appelé boson scalaire.

François Englert s'est vu remettre mardi, avec le Britannique Peter Higgs, le prix Nobel de physique, devenant le premier Belge à obtenir la plus haute récompense dans le domaine de la "reine des sciences" pour ses travaux relatifs au boson de Brout-Englert-Higgs, aussi appelé boson scalaire. Ce Bruxellois de 80 ans, lauréat de plusieurs distinctions depuis les années 1970, a entamé son parcours académique au sein de l'Université libre de Bruxelles (ULB) en 1956, institution dans laquelle il est aujourd'hui encore professeur émérite de physique théorique. François Englert est né dans la commune bruxelloise de Etterbeek le 6 novembre 1932. Marié et père de cinq enfants, il passe par les bancs de l'athénée de Koekelberg avant de prendre le chemin de l'ULB où il obtient son diplôme d'ingénieur civil en électro-mécanique en 1955. De 1956 à 1959, il officie en tant qu'assistant au sein de l'université. Il profitera de ces années pour devenir licencié (1956) et ensuite docteur (1959) en sciences physiques.

Il a travaillé de 1959 à 1961 à l'université Cornell, dans l'Etat de New York, avant de revenir à l'ULB où il enseigna d'abord en tant que chargé de cours (1961-1964), puis en tant que professeur (1964-1998) et enfin en tant que professeur émérite depuis 1998. La physique des particules, la théorie des cordes et l'inflation cosmique constituent les domaines de spécialisation du physicien.

Si le prix Nobel constitue sans aucun doute la consécration de sa carrière, François Englert a déjà glané bon nombre de distinctions scientifiques. En 1977, il reçoit le prix Wetrems en sciences mathématiques et physiques. Un an plus tard, il est lauréat du premier prix de l'International Gravity Contest avec son collègue et ami Robert Brout. Le prestigieux prix Francqui lui est remis en 1982 pour ses travaux relatifs à la brisure. En 1997, il obtient également le prix de la société européenne de physique. Plus récemment, il a encore été récompensé par le prix Wolf (2004), le prix Sakurai (2007) et le prix Prince des Asturies de la recherche scientifique et technique cette année.

En 1964, François Englert et Robert Brout (décédé en 2011) publient un article intitulé "Broken Symmetry and the Mass of Gauge Vector Mesons" dans lequel ils formulent une théorie sur le mécanisme de brisure de symétrie. Le boson scalaire explique, via ce mécanisme, pourquoi certaines particules ont une masse et d'autres pas. Ils précédèrent ainsi de peu Peter Higgs et le trio américano-britannique composé de Gerald Guralnik, Carl Richard Hagen et Thomas Kibble. Ces chercheurs sont tous arrivés indépendement aux mêmes conclusions la même année.

Le 4 juillet 2012, l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) annonçait la découverte d'une particule "compatible" avec le boson de Brout-Englert-Higgs. Les expériences menées jusque là dans le grand collisionneur d'hadrons permettaient d'affirmer son existence avec 99,99997% de certitude, soit un probabilité de 5 sigma. Le boson de BEH est considéré par les physiciens comme la clef de voûte de la structure fondamentale de la matière, soit la particule qui donne leur masse à d'autres particules élémentaires selon la théorie dite du "Modèle standard".

Le Modèle Standard constitue la théorie la plus précise et la plus complète jamais construite pour comprendre les interactions fondamentales de la nature. Le mécanisme de brisure de symétrie, qui forme une partie essentielle du Modèle Standard, montre comment des interactions à très courte distance entre particules élémentaires et des interactions à longue distance peuvent avoir une origine commune.

"Je regrette que Robert Brout ne soit pas parmi nous aujourd'hui"

François Englert s'est dit mardi très heureux de recevoir le Prix Nobel de Physique pour ses travaux relatifs au Boson de Brout-Englert-Higgs, mais a toutefois émis le regret de ne pas pouvoir le partager avec son "collègue et ami" Robert Brout, décédé en 2011, avec lequel il a développé sa théorie durant les années 1960. "J'aurais tellement souhaité qu'il soit là pour partager cette récompense pour un travail que nous avons réalisé ensemble", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à l'ULB en présence du Premier ministre Elio Di Rupo. François Englert, premier Belge à décrocher le Prix Nobel de Physique, a tenu "à transmettre toutes ses félicitations à Peter Higgs, qui a fait un excellent travail que j'apprécie beaucoup, même si nous n'avons pas vraiment eu de collaboration ensemble".

"Le Prix Nobel est un prix très prestigieux", reconnaît-il. A la question de savoir si un tel prix constitue la plus grande reconnaissance pour un physicien, François Englert a répondu: "Si on le dit, c'est que cela doit être vrai! ".

Le physicien a également remercié toutes les personnes et les institutions qui l'ont aidé à parvenir à cette découverte, dont notamment l'ULB -où il est toujours professeur émérite à l'âge de 80 ans-, l'UCL et la KUL, et de manière plus générale le monde universitaire belge. "L'ULB m'a accueilli et supporté avec gentillesse, ce que j'ai fort apprécié", a-t-il confié.

© Belga - 08.10.13

François Englert